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Qu’est-ce que l’intelligence collective ?

jeudi 10 février 2005, par groupe intelligence collective

« On appelle “intelligence collective” la capacité humaine de coopérer sur le plan intellectuel pour créer, innover, inventer. Dans la mesure où notre société devient de plus en plus dépendante du savoir, cette faculté collective prend une importance fondamentale. », affirmait, dès après sa constitution, le groupe Intelligence Collective de la fing. Dans ce texte essentiel figurent les sources nourricières du concept forgé par Pierre Lévy.

Le thème de l’intelligence collective a fait l’objet de nombreux travaux durant les quarante dernières années. Même si les appellations diffèrent, un objet commun semble se dégager : noosphère de Teilhard de Chardin, écologie de l’esprit de Gregory Bateson, écologie des représentations de Dan Sperber, sujet collectif de Michel Serres, cybionte de Joël de Rosnay, hive mind de Kevin Kelly, intelligence connective de Derrick de Kerckhove, super-brain de Francis Heylighen, Global Brain de H. Bloom, intelligence émergente de Steven Johnson, etc.

Stricto sensu, l’intelligence collective est un concept régulateur qui peut être défini comme une intelligence variée, partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences [1].

L’intelligence collective constitue également un champ de recherche dont l’objet est l’étude de la coopération intellectuelle entre humains dans un environnement techniquement augmenté. Ce champ est intrinsèquement interdisciplinaire, s’appuyant sur les sciences de la vie et les sciences sociales déjà constituées. Ce nouveau champ de recherche vise à établir un dialogue entre les savoir sur l’homme afin de mieux comprendre les processus d’apprentissage et de création collective.

On notera que le rapprochement de plusieurs tendances dans les sciences de l’économie et de la gestion montre une réelle polarisation vers le thème de l’intelligence collective : émergence de l’économie de la connaissance (Hayek, Machlup, Porat, Simon), nouvelle insistance sur le rôle du capital social (confiance et qualité des liens sociaux) comme fondement de la prospérité (Fukuyama, Putnam), montée fulgurante depuis quinze ans du management de la connaissance et des théories de l’organisation apprenante.

De même, la naissante sociologie du virtuel et de l’Internet (Jones, Gauntlet, Bell), la sociologie des réseaux (Scott, Degenne & Forsé) et de la société de l’information (Castells), la théorie des sociétés comme systèmes clos auto-organisés (Luhman), les récentes approches du fonctionnement et de l’évolution culturelle en termes d’écologie complexe de représentations, d’idées ou de « mèmes » (Dawkins, Sperber, Dennett) apportent également leur contribution à la compréhension des phénomènes d’intelligence collective. Certains développements récents de la sociologie et de l’histoire des sciences (Callon, Latour, Stengers), éclairent sur les processus effectifs de production de connaissance dans la communauté scientifique et fournissent de précieuses indications sur les mécanismes concrets de l’intelligence collective sur un terrain clé.

Enfin, l’intelligence collective est un projet politique dont l’enjeu est d’améliorer de manière notable les processus de collaboration intellectuelle. A cette fin, les groupes humains engagés dans une activité coopérative au moyen d’ordinateurs en réseaux peuvent se considérer comme manifestant les principales caractéristiques d’un système cognitif. Ainsi, les réseaux de recherche, les groupes se livrant à l’apprentissage coopératif, les entreprises, les administrations, les associations et les communautés virtuelles de tous ordres peuvent se modéliser eux-mêmes de manière opératoire et heuristique comme des “intelligence collectives”. Cette modélisation réflexive au moyen d’outils informatiques adéquats vise délibérément une croissance des capacités cognitives et opérationnelles d’une communauté.

Enfin, le cheminement de Pierre Lévy sur l’intelligence collective est étayé par ses réflexions sur l’écologie cognitive (Les Technologies de l’intelligence, 1990), l’approfondissement de travaux de recherche sur la représentation visuelle des modèles mentaux (L’idéographie dynamique, 1991), les éléments d’un système informatisé de communication entre individus (Les Arbres de connaissance, avec Michel Authier, 1992) et les multiples approches théoriques approfondissant le concept d’intelligence collective dans divers domaines tels que l’épistémologie, l’économie et la politique (L’intelligence collective en 1994, Qu’est-ce que le virtuel ? en 1995, Cyberculture en 1997, World Philosophie en 2000, Cyberdémocratie en 2002).


Ce texte, préparé par le groupe Intelligence Collective de la Fing, coordonné par Philippe Durance, est d’abord paru sur le site de la fing (http://fing.org/index.php?num=4555,4) le 11 février 2004.

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[1Ce texte est établi à partir de différents documents de Pierre Lévy, dont L’intelligence collective, Pour une anthropologie du cyberspace, La Découverte, Paris, 1994 et « Pour une intelligence collective », Le Monde diplomatique, octobre 1995, p. 25 et suivantes.

Messages

  • L’intelligence collective oblige un préalable : un espace de participation. Est-ce possible sur cette page ? Essai !

    • L’espace d’une page est-il suffisant pour que se déploie l’intelligence collective ? Vous semblez l’insinuer par votre réaction à cette définition proposée par le groupe intelligence collective de la fing.

      Pourtant, à l’image de l’intelligence individuelle, l’intelligence collective paraît difficilement assignable à un lieu précis, pas plus sur cette page-ci que sur une autre page n’importe où ailleurs sur le web. L’intelligence collective s’épanouit en tout noeud du cyberespace - et pas seulement dans le cyberespace, mais c’est de là que nous parlons en ce moment même - où le dialogue se déploie, aidé traité propulsé par les processus numériques.

      Comme noté dès l’introduction de l’article, le concept d’intelligence collective « peut être défini comme une intelligence variée, partout distribuée ». Cette notion de distribution, actuelle pour la communauté humaine depuis qu’elle utilise un langage structuré, trouve dans les technologies numériques le substrat où germer et proliférer. S’il est une difficulté à réduire, ce n’est pas de choisir le lieu où devra se (con)tenir l’intelligence collective mais c’est plutôt déterminer quels moyens humains et techniques sauront la rendre intelligible à chaque individu soucieux de participation.

      Voir en ligne : Au-delà de la page, le site comme lieu de participation, bulle dans la mousse qu’est l’Internet

    • Bonjour,

      J’ai pu mettre en place une recherche action intégrale concernant l’intelligence collective au sein d’un grand groupe. J’en ai rédigé un mémoire intitulé : "l’intelligence collective : un nouveau paradigme pour la formation".... j’ai vécu une expérence de 15 mois passionnante mais ô combien usante puisque la participation n’est pas le seul critère pour l’intelligence collective, il nécessite aussi une certaine maturité, avec en soi, la certitude que tout le monde sait quelque chosen ce qui ne semble pas aisé à accepter pour tous puisque cela remet en question aussi le degré de conscience que l’on a de soi même, une certaine humilité, et surtout des changements de paradigmes concernant les représentations mentales que l’on a du "pouvoir".

      Au plaisir
      si vous voulez obtenir le mémoire vous pouvez vous connecter sur le site d’axiopole.