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Pourquoi j’offre une partie de ma musique

mardi 18 janvier 2005, par steve coleman

On me demande souvent pourquoi j’offre gratuitement ma musique...

Eh ! bien pourquoi pas ? Pourquoi devrait-on toujours payer pour avoir quelque chose ? Moi je pense que la musique est une création destinée à communiquer des idées sous la forme de symboles sonores ; et mon ambition première est de communiquer ces idées aux autres.

La distribution de cette forme de musique n’est pas la principale source de revenus des industries de la musique (sociétés d’enregistrement, distributeurs, détaillants, etc.) alors pourquoi ne pas l’offrir gratuitement, ce qui permettrait d’atteindre les gens plus facilement.

Ma conviction vient de ce que, selon moi, la création musicale n’appartient à personne et chacun doit donc pouvoir en jouir (sans nécessairement la vendre à d’autres ni faire payer les autres) ; l’idée d’un “bien commun” où chacun pourrait profiter des créations musicales sans que personne n’en tire un bénéfice financier peut sembler utopique dans le monde d’aujourd’hui. De nos jours, la cupidité gouverne l’humanité toute entière, en relation avec le concept de propriété.

On ne devrait pas tout conserver par devers soi, sauf pour des raisons de sauvegarde personnelle, ou si l’on préfère louer ses créations aux autres. Le concept de richesse découle de celui de propriété et du contrôle des ressources.

Je crois que la création devrait se retrouver dans un lieu accessible à tous ; il est avéré que le véritable progrès vient du partage des idées et de leur développement en commun. La société égyptienne ancienne en est un exemple tout comme internet aujourd’hui ; les logiciels gratuits ou partagés sont la raison manifeste du développement d’internet. Le commerce est une entrave à cette croissance en introduisant des concepts de propriété, de créations exclusives ou restrictives et de paiement pour des informations qui sont souvent gratuitement accessibles ailleurs.

Dans la société moderne, il n’est pas évident de créer une situation où idées et informations seraient à la disposition de tous gratuitement et pourtant il le faudrait ; ceci est particulièrement vrai pour la création et la réflexion.

Les gens me disent : « si vous donnez votre musique, comment allez-vous gagner votre vie ? » Faire des enregistrements, payer les techniciens et les musiciens, acquérir du matériel ; tout cela coûte de l’argent. Mais il ne faut pas penser que tout ce que vous créez doit nécessairement vous rapporter de l’argent ; quand on est réellement motivé, cela suffit pour réaliser ses idées.

Ce ne doit pas être “l’argent d’abord”, l’argent qui n’est qu’un concept convenu, un concept comme un autre et pas davantage ; ce concept n’a aucune valeur s’il n’est pas reconnu par tout le monde ; en général, le fait d’avoir envie d’argent et de s’efforcer d’en acquérir a un effet négatif sur l’esprit ; la quête de l’argent, tout comme son acquisition, représente un obstacle au développement spirituel.

Offrir des créations et de la musique ne signifie pas que tout doit être gratuit, mais il est des gens qui soit n’ont pas les moyens de payer pour de la musique, soit n’en n’écouteront jamais s’ils doivent payer pour cela. Pour ceux-là comme pour tous les autres qui ont déjà acheté de la musique, il devrait exister un “lieu” où pouvoir écouter de la musique sans frais. J’envisage d’offrir gratuitement aux gens un tiers ou la moitié de la musique que je crée ; ceci devrait aussi s’appliquer à d’autres créations musicales, à l’information en général, à la recherche musicale, à la philosophie, etc.

Certains de mes concerts ne sont pas gratuits cependant, car il me faut bien payer les orchestres et l’équipe qui m’entoure ; il m’arrive de gagner de l’argent sur les concerts que nous donnons, quelquefois je m’en tire de justesse, quelquefois je suis déficitaire ; je m’arrange en gros pour gagner ma vie. Lors de nos tournées, les chauffeurs, preneurs de son et autres techniciens ne sont pas pléthore ; cela ne représente pas grand-chose et personne ne fait fortune. Tout l’argent que je gagne en surplus va dans la recherche, le développement de créations et les déplacements sur des sites dont les infrastructures rendent presqu’impossible tout gain d’argent ; notre groupe s’est déplacé à Cuba, au Sénégal, en Inde, etc. et dans presque tous ces cas, c’est moi qui en ai assumé les frais.

Certaines créations et certains concepts doivent être accessibles à tous afin de contribuer au développement de chacun.

Paix.

Pour découvrir la plupart des musiques offertes par Steve Coleman, rendez-vous ici : http://www.m-base.org/sounds.html

P.-S.

Copyright © 2003 Steve Coleman. Vous pouvez redistribuer et/ou modifier ce document selon les termes de la GNU/Free Documentation Licence.

Cet article de Steve Coleman est paru en anglais, le 14 mars 2003, sur http://www.m-base.org/mp3_philosoph.... La traduction française qui en est donnée ici, par Jean-Michel Paroutaud, provient du site vulgum : http://vulgum.org/article.php3?id_a....

2 Messages de forum

  • > Pourquoi j’offre une partie de ma musique 26 janvier 2005 22:44, par lecinquieme

    Merci merci
    Cette personne est une personne formidable, je suis heureuse d’entrendre un discours plein de justesse et qui traîte le probleme par le fond.
    Je suis emmerveillée de pouvoir lire ces quelques lignes..... un peu d’éspoir ....
    Je partage en tout point de vue les pensees de cette personne.....
    Et regrette que peu de personnes le comprennent ou le lisent seulement....
    Et même si sa vision peut paraître utopique a pas mal de gens.... Une vision comme la sienne permettrait qu’il y ait beaucoup moins de conflit....
    Et que des "petits artistes" puissent enfin faire connaître leur création
    encore merci

    • > un peu, beaucoup, énormément d’espoir 27 janvier 2005 03:41, par michaël thévenet

      vous regrettez que le propos de steve coleman ne soit pas plus écouté et entendu ? ne soyez pas si défaitiste ! de nombreux musiciens, et d’artistes d’une manière plus générale, tentent des expériences similaires. on trouve même des entreprises qui cherchent de nouvelles manières pour réaliser l’intermédiation entre les créateurs et leur public. je vous invite ainsi à découvrir l’éditeur musical magnatune, dont la stratégie commerciale n’a rien à voir avec celle des majors du disque.

      magnatune autorise l’écoute de tous les morceaux de tous ses artistes, diffuse des flux radio thématiques... et laisse le client choisir le montant du paiement pour le téléchargement d’un album prêt à graver. si vous souhaitez en apprendre plus sur leur modèle : http://magnatune.com/info/model. surtout, retenez que 50 % des recettes vont aux artistes !

      ]m[

      Voir en ligne : l’éditeur musical magnatune

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