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« In-formation », ou qu’est-ce que l’information

vendredi 23 juillet 2004, par claude baltz

La question a été maintes fois abordée par des penseurs de tous bords, de la science la plus dure à la philosophie la plus évanescente. Tous s’accordent au moins sur une chose : c’est qu’ils ne s’accordent pas sur grand-chose quand ils parlent d’information.

Claude Baltz, dans la réponse qu’il a esquissé en conclusion de la conférence H2PTM’03 en septembre 2003 à l’Université Paris 8, privilégie une approche constructiviste autour de la notion centrale d’hypertexte. Il nous en donne ici une version plus développée ; version que l’on peut retrouver dans les actes de la conférence publiés par les éditions Hermes.


Résumé

On reprend ici le chantier de la définition de l’information, selon une approche constructiviste reposant sur deux hypothèses principales :


- pour préciser et imager la notion de « forme » sur quoi repose l’information, le seul recours théorique semble être de les situer dans un hypertexte [1] ;
- mais il est devient alors nécessaire de considérer, bien au-delà de leur origine informatique, une multitude d’espaces-hypertextes dans lesquels nous sommes plongés, conséquence émergente d’une activité hypertextualisante, par laquelle nous reconfigurons peu à peu le rapport à notre environnement.

L’information, au sens commun, peut alors se trouver définie comme in-formation, co-relation observée de variations entre un HT émetteur et un HT récepteur.

Introduction

« Au juste, qu’est-ce que l’information ? » Question introductive, elle était ainsi explicitement formulée par L. Quéré lors d’un « passage historique » dans le n° 100 de la revue Réseaux pour le début du XXIe siècle [QUE 00]... Il y répond, entre autres, en rappelant cette proposition de G. Simondon : « L’information n’est pas la forme, ni un ensemble de formes, elle est la variabilité des formes, l’apport d’une variation par rapport à une forme. » Ce point de vue prolonge une réflexion déjà ancienne et commence maintenant heureusement à passer dans les manuels, comme par exemple l’Introduction aux sciences de la communication [BOU 98]. On ne peut pourtant pas s’en contenter tel quel car il forclôt une question capitale : forme... mais sur quel espace ? Nous allons tenter ici d’y répondre en ayant recours au concept d’hypertexte mais au prix, on le verra, d’une construction complexe, sinon encore problématique sur bien des points.

1. Le paradigme du sens-dictionnaire

Situation informationnelle basique : chercher le sens d’un mot. Nous nous tournons habituellement vers le dictionnaire, qui fixe dans notre société le sens des mots. Dans la définition trouvée, il est alors fréquent d’y trouver des mots eux-mêmes encore à définir. Emerge ainsi un processus de type « explique-moi », adressé à nous-même, par lequel se complète progressivement ce qui était initialement obscur, pour arriver peu à peu à une définition acceptable. D’où ressort une structure très générale :


- des liens entre les divers mots dont on cherche ainsi successivement le sens et qui apparaissent comme des noeuds sélectionnés dans le dictionnaire ;
- l’ensemble des liens, comme chemin, figure ou configuration sur :

- l’espace du dictionnaire (ce qui pose la question générale de la structure de cet espace... ici, on pourrait le dire « feuilleté ») ;
- espace qualifiable évidemment d’HT (même si c’est dans ce cas un « HT-papier » avec des liens manuels...).

Il est clair alors que « comprendre » = « OK ! c’est bon, je décide d’arrêter le processus »... Et il faut ainsi noter :


- que la compréhension, donc le sens, s’identifie formellement à la configuration en tant que telle ;
- mais aussi, que le sens ainsi approché se présentera toujours essentiellement selon un statut de schéma, de morphing, etc., impliquant une perte de « matière » totale par rapport à la notion commune de sens « plein » que l’on attribue spontanément à tous les mots du monde, sinon à l’« information » sur ce qui se passe ailleurs.

Ces points d’arrêt du processus sont à saisir comme potentiels car la « compréhension » que signale ainsi l’arrêt masque aussi de fait la possibilité sous-jacente d’y relancer le processus. Cette relance peut s’entendre comme un approfondissement du sens, parce qu’on est curieux et qu’on a le temps... mais aussi, en un sens autrement complexe : en renvoyant à notre expérience personnelle, par quoi se sont constitués les sens « premiers » des mots que nous utilisons. Ce qui introduit ainsi, on va le voir, à un HT conceptuellement différent de celui de l’HT-dictionnaire.

L’hypothèse éminemment discutée sur le plan philosophique est en effet que les éléments fondamentaux de notre langage se sont constitués à partir de sensations, à considérer comme autant de « chocs » avec la réalité, indépendamment des réagencements ultérieurs de leurs signes. Par exemple : si nous cherchons le sens du mot « hippique », le mot « cheval » est certainement un nœud d’arrêt pour la plupart d’entre nous mais il recèle le renvoi possible à un ensemble qui nous est tout à fait personnel d’odeurs, de contacts, avec des barrières, avec du foin, du cuir, du crin, voire des chutes... Et, s’il est sûr que nous pouvons toujours réactualiser ces sensations lointaines, avec les mots de notre langage dans son état actuel, il est clair pourtant que ce qui est ici en jeu est un autre type d’HT, au statut particulier :


- à supposer en effet qu’on en ait tenté un premier catalogue, ses éléments renvoient rétrospectivement à des phénomènes énergétiques antérieurs ;
- et du fait qu’ils renvoient à notre histoire personnelle, leur explicitation fait aussi intervenir une multiplicité d’éléments idiotiques dont la plupart n’ont aucune raison de figurer dans un dictionnaire à usage général... ce qui met en fait à nu la pauvreté absolue du dictionnaire sociétal face à la richesse inépuisable du monde et de notre rapport individuel au monde ;
- ce « dictionnaire » personnel, potentiel et plus ou moins mobilisable à chaque instant présent, peut alors être qualifié d’« HT-mémoire », instrument essentiel par quoi nous reconstruisons en permanence le sens du monde, en retraduisant ici les travaux de I. Rosenfeld [ROS 89] ou G. Edelmann [EDE 00], par exemple ;
- dans la mesure, enfin, où l’activation de cette mémoire met en jeu l’énergétique de notre rapport au monde, il est à noter que se présente ainsi le concept d’actilogie de P. Lévy [LEV 91], s’inscrivant dans les travaux antérieurs de « théories des actes », par exemple : A. Moles [MOL 77] ou C. Baltz [BAL 76]. On considérera donc que se manifeste ici de façon très générale la complémentarité entre « HT taxilogique » et « HT actilogique » : le premier « froid » parce qu’inscrit, fini et à usage général, le second « chaud » parce que potentiellement actif, indéfini et à usage particulier ; la mémoire de l’expérience venant ourler le texte à distance.
2. L’hypothèse de l’instance médiatrice

Le paradigme du sens-dictionnaire ci-dessus a pour rôle d’introduire, en l’illustrant, l’hypothèse constructiviste fondamentale dont on empruntera une formulation explicite à L. Thayer, qui propose que « nous devons considérer non pas ce qui est mais ce qui a été dit à propos de ce qui est » [THA 90]. En fait, c’est toute la question de la médiation qui s’introduit ici. Notion abordée le plus souvent en termes de médiation technologique du processus de transmission. Mais celle-ci n’est pas tout : à trop s’y arrêter, cela laisserait supposer que le sens de l’information est comme une sorte de « paquet », à faire passer tel quel d’un lieu à un autre, autrement dit que l’information préexisterait à la transmission et, surtout, à la réception.

Or, au contraire, nous posons que le sens n’est pas là, donné. C’est un processus, que rend d’abord visible un dialogue avec autrui : « Qu’est-ce que ça veut dire ? » ou encore « explique-moi... » (ce que je lis, ce que je vois, ce que j’entends, etc.), pouvant s’adresser à n’importe quel type d’information (y compris la poésie, lorsqu’on s’obstine à lui découvrir un sens, évidemment caché). Mais l’on pose de plus que cette construction du sens s’opère aussi dans un dialogue, interne au sujet, au moyen de questions analogues. Ce dialogue est le plus souvent extrêmement fugace et, par là, quasiment inconscient. Et il ne nous est accessible en fait qu’à travers un travail d’interprétation rétrospective, qui demande un effort certain pour se rendre attentif soi-même à cette démarche essentiellement personnelle.

La médiation n’est donc de loin pas à considérer comme un processus extérieur au récepteur. Au contraire, elle est au cœur de toute construction du sens de l’information. Elle se présente dès que le sujet quitte une position passive pour se mettre en situation interne de « hors-soi » , pouvant ainsi observer son propre statut de récepteur et ajuster si nécessaire (par le zoom, en particulier) ses machines de vision sur le monde. Cette référence basique à la cyberculture [BAL 98] nous amène, on va le voir, à reprendre sur un plan cognitif une hypothèse largement issue des disciplines interrogeant par ailleurs le statut et le fonctionnement du psychisme.

On en vient en effet à postuler que tout se passe comme si, dans le sujet, existait une instance à laquelle on s’adresse sur ce mode interrogatif/élaboratif, ce qui mène en particulier à admettre que le sujet (récepteur ou émetteur) est clivé. Et ce processus est, en droit, indéfini car on n’en a jamais fini dès qu’on veut préciser les choses (c’est-à-dire : faire un zoom sur un point obscur). De sorte que le sens apparaît comme un rapport - indéfini - au sens.

Il faut enfin considérer que cette instance joue également le rôle d’une surface de projection où viennent se mémoriser/s’effacer les diverses étapes de ce processus essentiellement schématique. L’information est donc là, et nulle part ailleurs... comme arrêt de ce processus « explicatif », toujours provisoire et susceptible d’être relancé. L’écran d’un ordinateur, l’interface où se projette une recherche d’informations sur l’Internet peut, entre autres, servir d’illustration à un tel processus, dont la nature neuronale nous est encore évidemment largement inconnue.

3. HT : un processus nouveau, une vieille histoire...

Nous allons maintenant tenter d’étoffer cette idée que nous nous trouvons progressivement insérés dans un espace de nature hypertextuelle, ce qui permettra ainsi plus loin de pouvoir y loger plus précisément les jeux de forme à partir desquels construire une définition de l’in-formation. Développant l’intuition de la « niche écologique » de Pierre Lévy [LEV 89], nous sommes en effet amenés à considérer au plus évident l’ensemble de trois types d’HT dans lesquels nous sommes plongés, des plus proches aux plus lointains, des plus matérialisés aux plus potentiels.

A commencer par une première liste intermédiaire, la plus visible, comprenant l’ensemble de ce qu’on pourrait donc appeler des « méso-HT »  :


- notre HT personnel : environnement immédiat de nos documents, courriers, livres, bases de données personnelles, dont il est assez évident qu’ils évoluent à terme, pour la plupart d’entre nous, vers une structure de type HT à base technologique croissante ;
- les HT institués : bibliothèques, centres documentaires, médiathèques, réseaux internes, etc. ;
- enfin (et surtout) : l’HT-Internet... la « Très Grande Bibliothèque Universelle ».

Il importe de saisir que le simple énoncé de cette liste induit un nouveau regard sur notre environnement, ce qui sera précisé plus loin comme émergence d’une machine de vision HT. Regard qui peut induire, entre autres, une sorte d’« audit » sur notre environnement informationnel ou documentaire au sens large et présenter l’intérêt de révéler notre connexion effective dans la société d’information.

Mais il reste maintenant à poser que, si la liste ci-dessus est qualifiable d’intermédiaire, c’est parce qu’elle se trouve en quelque sorte coincée :


- en-dessous, au niveau individuel : par ce qu’on nommera - très - métaphoriquement notre HT neuronal, comprenant en particulier les HT actilogiques évoqués plus haut ;
- au-dessus : par ce qu’on nommera le grand HT. Ce terme désigne plutôt, pour le moment, un ensemble de questions multiples concernant, entre autres, le fait que l’activité humaine inscrit des formes sur de la matière macroscopique (villes, champs, routes, ports, etc.) et microscopique. Mais il signale en même temps que nos savoirs de cette matière, du monde et du cosmos, sont en perpétuelle inscription dans des HT en cours d’élaboration. Ce processus est qualifiable d’« hypertextualisation du monde », sans compter ce qu’évoquent les grands récits religieux et autres métaphores ancestrales, par exemple : le monde comme « Grand Livre » (indépendamment de la question toujours pendante : « Qui écrit ? »).

Enfin, si ce processus, parce que contemporain, est actuellement le plus évident à nos yeux, il ne faut pas pour autant en oublier en complément l’histoire des processus de classification par lesquels l’humanité tente de donner sens au monde depuis ses origines. On sait qu’ils sont à la base des taxinomies de toute nature, par où se sont progressivement constituées la plupart des sciences, à travers de multiples bases de données aux organisations sémantiques plus ou moins conceptualisées. On évoquera en particulier la complexification épistémologique et pratique qui a fait passer progressivement de l’arbre au réseau, comme outils de traitement du réel.

4. La « machine de vision HT »

Interrogeant maintenant la vision que le concept HT nous mène à projeter sur le monde, nous généraliserons un emprunt à P. Virilio [VIR 98]. En même temps que tentative de généralisation et de visualisation du questionnement phénoménologique classique sur la perception et la construction de « la chose » heideggerienne, le concept de « machine de vision » [2] est en effet un concept basique de la cyberculture, indispensable pour naviguer dans une société d’information. En dépassant les premières évidences de l’histoire déjà longue des « technologies du regard » au sens de M. Sicard [SIC 98], des lunettes jusqu’à l’IRM ou au télescope Hubble par exemple, on est en effet nécessairement amené à interroger rigoureusement et systématiquement la structuration de notre rapport au monde, selon deux directions au moins, en remettant en cause :


- l’opposition biologique/artificiel, considérant par exemple l’œil comme une « technologie » particulière, comme le propose B. Stiegler [STI 96] ;
- mais aussi l’opposition matériel/immatériel (technologies « intellectuelles » de P. Lévy [LEV 89] ; l’analyse factorielle, par exemple, se présentant ainsi comme un moyen de « voir » du sens dans une multiplicité a priori opaque de données) ; sans compter que, de plus en plus, toute technologie doit être considérée comme matérialisation d’un ensemble théorique préexistant, dans un cycle de « virtualisation » sans fin [LEV 95].

La meilleure et la plus fondamentale des illustrations du concept de MV est certainement celle qui concerne le zoom, terme métaphorique pour désigner, entre autres, « l’attention visuelle sélective » [BRU 00], qui signifie d’abord la capacité technique de se « rapprocher » de l’objet de vision mais aussi la possibilité mentale de s’intéresser de plus ou moins « près » à lui, donc de « créer » plus ou moins ainsi l’information.

C’est ainsi que, sans élucider totalement l’opacité fondamentale de notre rapport au monde en tant que tel, le concept de MV apporte pourtant de quoi travailler la zone intermédiaire où s’établit ce rapport, en même temps qu’il nous invite à le « suspendre » (« hors-soi », au sens phénoménologique) pour examiner si un autre « réglage » de nos machines ne produirait pas une autre vision et donc d’autres nœuds, d’autres liens. Ceci évoque à la fois l’embryologie et la dynamique de l’« activité hypertextualisante » par laquelle nous organisons le sens du monde, ce qui apparaissait sommairement derrière la propriété de « métamorphose » de Lévy : de façon plus ou moins structurée et permanente, nous passons en effet notre temps à émerger d’HT déjà constitués, à les faire évoluer par ajout, modification ou suppression de nœuds et de liens, à focaliser, changer de niveau, inscrire, conserver, limiter ou élargir notre horizon sur l’HT, etc. Enfin, sans développement particulier ici, il importe de rappeler que le concept de MV implique de fait une attention systématique sur la nature de qui et comment manipule la machine de vision, autrement dit la question fondamentale de l’observateur, qui prend alors une dimension nouvelle, comme on le verra ci-dessous.

L’hypothèse proposée ici est donc que le concept d’HT, apparu récemment dans l’histoire technologique, serait à resituer dans sa relation à nos machines de vision. Il s’agit en fait de décoller du paradigme informatique initial nœuds/liens en considérant sa généralité dans la structuration fondamentale de notre rapport au monde : en termes d’objets/relations, entités/actions, figé/mobile, etc. Indémontrable en tant que telle, cette hypothèse reste encore à étayer dans toute sa généralité mais il est déjà remarquable qu’on la trouve épistémologiquement déclinée dans la plupart des machines de vision théoriques que constituent les diverses disciplines. On rappellera ainsi, sans plus de développement :


sciences économiques : stock/flux, usage/échange
linguistique : thème/rhème
sociologie : « Brucke »/« Tür » (Simmel)
information, communication : émetteur, récepteur/canal
informatique de gestion : entité/relation
systémique : élément/relation
automatique/sciences cognitives : état/processus
physique : fermion/boson
mathématiques : objet/morphisme (théorie des catégories)
mais surtout, dans une recherche fondamentale de ce qui pourrait structurer notre univers mathématico/perceptuel, le couple saillance/prégnance, le premier généralisant au maximum la notion d’objet et le second, celle de relation entre objets, d’après Thom relu par Lévy [LEV 91].

Cette liste sommaire - et incomplète - renforce l’évidence, presque banale, d’une structuration fondamentale commune aux élaborations théoriques de toute nature. Elle prend un intérêt supplémentaire lorsqu’on la double des résultats de nombreux travaux de psychologie cognitive, par exemple sur la « décision d’objet », par laquelle « le système perceptif, en présence d’un stimulus visuel, évalue d’abord s’il s’agit d’un objet ou non » [BRU 00]. Ce qui est par ailleurs à corréler avec des travaux de biologie du cerveau. Par exemple : cellules de lieu/cellules d’orientation, liées à l’hippocampe [POU 00], avec d’intéressants résultats sur le développement de l’hippocampe postérieur d’après une étude sur le sens de l’orientation des chauffeurs de taxi londoniens. Mais aussi, les recherches sur l’acheminement de l’information visuelle : voie ventrale/voie dorsale, la première identifiant les objets et la seconde leur orientation et leur position [IMB 02].

Se forme donc peu à peu l’idée que nous sécrétons, pour y évoluer, un espace de sens, qualifiable d’« espace informationnel » ou de « cyberespace », dont la caractéristique essentielle serait d’être de nature hypertextuelle. Cette évidence est encore relativement opaque mais, comme on vient de le voir, il semble pouvoir se vérifier qu’elle a un substrat non seulement épistémologique, mais également biologique et cognitif.

5. « L’hypothèse HT »

Reprenant maintenant l’essentiel de ce qui précède, rappelons que, du Réel, nous ne savons, à rigoureusement parler, rien, sauf ce qui arrive à notre proximité immédiate de par une activité « hypertextualisante » émergente (notant que se pose à ce sujet la délicate question d’un très hypothétique lieu psychique « central », par rapport auquel apprécier précisément cette notion de proximité). Même si elle est embryologiquement très ancienne, l’hypothèse est alors que cette activité est de plus en plus affirmée, consciente, structurée et technologique : en ce sens s’établirait ainsi de façon croissante entre nous et le monde une sorte de « couche informationnelle ». Pourrait-on avancer, nouvel avatar de la matière, la matière informationnelle, la « matière HT » ?, ainsi que le pressentaient par exemple A. Bressand et C. Distler [BRE 85], manifestation de la médiation croissante de notre rapport au monde à travers réseaux et HT sous-jacents.

On l’a vu ci-dessus, trois grandes variétés d’HT se présentent ainsi : un HT « énergétique » d’inscription sur la matière, des HT intermédiaires divers d’inscription « documentaire » d’énergie négligeable par rapport au précédent et, enfin, l’HT « neuronal ». Ces HT mettent chacun en jeu des surfaces et des modalités d’inscription différentes (matière dans toute sa généralité, écrans, documents, « matière neuronale »...) ; et la question de leur articulation d’ensemble n’est évidemment qu’une reformulation de la question classique de notre rapport au réel. On peut cependant affiner la position constructiviste selon laquelle seul l’HT neuronal en tant que tel supporte l’activité d’élaboration du sens. En effet, les structures HT dont nous couvrons le monde présentent comme un « parallélisme » avec le peu que nous savons de la structure HT neuronale (McLuhan : « L’homme a jeté son système nerveux central sur la surface du globe » [LUH 64]). Et il est remarquable que se présente ainsi une version « informationnelle » d’un autre parallélisme tout aussi problématique, mais mathématique celui-là, qui interroge le fait que des structures élaborées par le cerveau humain s’« appliquent » au monde extérieur.

Dans ce jeu d’HT, encore mal saisi il faut bien l’admettre, la construction du sens se fait, on l’a posé, selon des processus schématiques et indéfinis en droit, même s’ils sont toujours susceptibles d’arrêt (sur image ?). De sorte que, pour nous, l’Univers social ou physique est de plus en plus ce que nous nous en savons à travers une activité informationnelle à structure hypertextuelle, ce que l’on peut résumer :


U = HT (U). En tenant compte au maximum de l’immense dispersion des rythmes d’émergence du processus généralisé d’hypertextualisation, on débouche alors sur une hypothèse synthétique : nous évoluons de plus en plus dans un univers de nature HT. Et il importe de saisir que, sans la formulation explicite de cette évolution majeure, la proposition travaillée ci-dessous selon laquelle l’information est à comprendre comme un jeu de formes serait plate parce que sans enjeux et en apesanteur totale parce que sans espace de référence.

6. Le paradigme de l’agenda électronique

Le contexte ainsi posé, interrogeons une situation fréquente : un ami téléphone ou envoie un mail pour annoncer son changement d’adresse ; nous prenons note et entrons la nouvelle adresse dans notre agenda. Celui-ci présente l’intérêt de contenir une organisation prédéfinie des données déterminant par exemple une adresse visualisable sous forme arborescente (nom, n°, rue, ville, Tél., etc.), embryologie d’un HT qui peut être complexifié s’il présente des possibilités de liens entre données. Sur cet exemple apparaît ainsi une structure aisément généralisable :


- une adresse dans l’agenda du récepteur R correspond à un chemin dans son HT (noté ici HTR) cas élémentaire de configuration (pour ne pas dire de forme) ;
- le fait d’avoir été « informé », au sens commun du terme, se traduit évidemment chez le récepteur par un changement de configuration : ΔHTR, passage de l’ancienne adresse à la nouvelle ;
- mais il ne faut pas oublier que le changement affecte aussi l’émetteur E : dans le cas où il a peur de l’oublier, il va ainsi noter sa nouvelle adresse (ou une partie, le n° de Tél., par exemple), ce qui correspond à un changement de configuration : ΔHTE ;
- de plus, s’ils sont chacun très minutieux, ils peuvent avoir intérêt à noter comment et par qui se sont opérés ces changements : ici, c’est l’un d’entre eux, ou les deux, mais ce peut être ou n’importe qui ou n’importe quoi d’autre (annonce dans un journal, découverte d’un carnet, rumeur...), avec tous les risques d’altération possibles. Ce qui signifie que, en plus du résultat de l’information doivent - théoriquement - être pris en compte les conditions de la transmission, autre façon de poser les traces, souvent virtuelles, d’un observateur qui peut ainsi attester de l’organisation générale de l’acte d’informer, tel qu’il s’est effectué ;
- au-delà du fait même de la transmission et de ses effets, il convient alors de remarquer que ce qui est intéressant ici, ce n’est pas tant le nombre de bits shannoniens caractérisant l’information échangée. Le changement d’adresse n’est en effet que l’une des facettes d’un événement, affectant plus ou moins le récepteur de l’information mais également l’émetteur (par exemple : si son ami devient moins proche). Or, malgré sa simplicité, voulue ici à titre illustratif, la configuration-adresse transmise représente bien le cas général d’une configuration qui peut être beaucoup plus compliquée si l’on veut entrer dans le détail de l’affaire et « être informé » sur le déménagement. La configuration-adresse illustre donc la possibilité d’un « transport » schématique de structure, généré en fait par la mise en marche de ce processus « explicatif » évoqué plus haut, processus qui met aussi en jeu une partie de cet HT-mémoire où se manifestent potentiellement nos propres souvenirs de déménagements (excitation, anxiété, odeurs, bruits...).
7. Définitions

On part donc dans toute sa généralité, insistons-y encore, de l’hypothèse selon laquelle nous sommes immergés dans un espace de type HT, ce qui a été abondamment argumenté ci-dessus, même si le caractère émergent de cette situation rend toute affirmation d’ensemble plutôt délicate, sans compter que fera toujours problème le difficile rapport des HT neuronaux aux autres... Ceci rappelé, on posera alors :


Définition 1
Forme = configuration sur un HT
Evénement = variation de configuration


Définition 2
IN-FORMATION
C’est la co-relation, posée par un observateur, entre ΔHTE, variation dans un HT ainsi qualifiable d’« émetteur », et ΔHTR, variation dans un HT qualifiable de « récepteur ».


Définition 3
L’INFORMATION, telle qu’on l’entend habituellement, se présente alors sous deux faces :


- du point de vue dynamique : comme le processus d’in-formation en tant que tel ;
- du point de vue statique : comme la nouvelle configuration de l’HT récepteur, résultant du processus, c’est-à-dire le SENS de l’information, une fois oublié le processus.

Illustrons ces définitions dans le cas de l’agenda : l’« événement » est ainsi le changement de configuration-adresse chez l’émetteur. L’observateur note alors le fait que celui-ci a transmis au récepteur sa nouvelle adresse, ce qui se traduit par un événement chez le récepteur : le changement de configuration dans son agenda. Il y a donc eu co-relation de deux variations d’HT, c’est-à-dire une « in-formation ». Et ce que le récepteur va retenir de ce qu’on lui a ainsi transmis, c’est bien ce qui l’intéresse dans le processus d’information en tant que tel : le nouvel état de cette configuration-adresse, à considérer ainsi comme le sens de l’information transmise.

8. Quelques commentaires

- Rappelons d’abord la filiation de cette définition avec celle de H. Von Foerster, qui nous paraît historiquement la plus fondée : « La communication est l’interprétation, faite par un observateur, de l’interaction de deux organismes » [VON 60]. A deux différences près : il n’y est pas fait mention d’HT ni de variations d’HT, et l’interaction semble y préexister à son interprétation. Alors que la co-relation, avec ce qui peut s’en suivre, est posée ici comme le fait de l’observateur.

- La notion de « forme » se présente donc ici comme un ensemble de nœuds et de liens (encore que le terme « ensemble » doive être manipulé avec précaution et être pris ici dans son usage commun et imprécis). Avec la notion de configuration sur un HT, nous tenons ainsi une « image » pour illustrer forme, sens et information, conformément au projet annoncé au début. On reconnaîtra cependant volontiers que cette sorte d’image est plutôt pauvre par rapport à la richesse qu’évoque habituellement le terme « image ». Il est vrai en effet qu’il ne s’agit guère que d’assemblages schématiques de nœuds et de liens. Il importe cependant de saisir que la forme ainsi illustrée a néanmoins le très grand mérite de nous permettre de sortir du domaine de l’irreprésentable. Et ceci, insistons-y encore, parce qu’elle est maintenant considérée comme inscrite sur cet espace très particulier que constitue l’HT.

- On notera en passant que les formes ne peuvent absolument pas être assimilées à des « atomes de sens », avec lesquels Greimas [GRE 70], par exemple, espérait pouvoir construire le sens. Pas d’atomes mais plutôt, du fait des jeux de nos MV et de ce qu’elles font ainsi « exister » de nos environnements, ce que l’on pourrait métaphoriser à partir du vide quantique : une agitation vibrionnaire de formes par ajouts, modifications, créations ou destructions permanentes de nœuds et de liens, des « fluctuations HT » en quelque sorte.

- La notion d’événement, elle aussi, perd de sa richesse de sens commun. Mais, là encore, il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici de concevoir la façon dont on fait « exister » un événement, en en rendant compte à travers une structure d’« explication » de nature hypertextuelle. De ce point de vue, reconnaissons en effet que, dès qu’on veut expliciter « ce qui se passe », ce ne sont finalement que modifications de toutes sortes d’objets du monde et de leurs relations donc, en dernier ressort, des variations d’HT.

- On retrouve ainsi ce qui est le plus important, au regard du sens commun : « être informé » correspond à la possibilité d’avoir accès dans le lieu récepteur à des événements concernant le lieu émetteur. Il est clair en effet que l’événement se traduisant par l’apparition d’une nouvelle forme chez l’émetteur est mis en rapport avec celui d’une nouvelle forme chez le récepteur : j’apprends une nouvelle adresse, un nouveau cours de bourse, un changement de ministre, etc. De ce point de vue, l’apparition d’une nouvelle forme chez le récepteur peut ainsi être comprise selon le sens commun comme résultant d’un « transport » de forme (indépendamment de la « fidélité » du processus, sur lequel on reviendra).

- Concernant maintenant le rôle de l’observateur, on sait qu’il est déjà posé comme concept basique par de nombreux auteurs, dont par exemple : Von Foerster [VON 60], E. Morin [MOR 77], J. Jaffelin [JAF 93]. Dans un univers en bouleversement permanent, nous passons en effet notre temps à déformer notre environnement et à être déformé par lui. Et ainsi qu’on l’a rappelé plus haut dans le cas du changement d’adresse, tout porte alors à concevoir un lieu qui décide d’assigner une origine à une variation de forme constatée. Faute de quoi, on se bornerait à constater des variations d’HT, dans leur multiplicité inépuisable, en se privant de cet aspect important de la notion commune d’information, à savoir que telle variation constatée est précisément le fait d’un « émetteur » déterminé et selon un moyen (média) donné. Par exemple, si un individu se décider à aller voir tel film, il est intéressant de savoir si c’est « de son propre chef » ou s’il a été « informé », parce qu’il a lu, par exemple, un article à ce sujet. Quelques remarques rapides sur ce point :


- ce lieu de l’observateur est d’abord un lieu théorique, à propos duquel la question ne se pose pas dans les situations courantes. Cependant, dès qu’on examine un phénomène d’information la question doit cependant être systématiquement mobilisable, notamment dès qu’il s’agit des « sources » de presse ou autres. Ceci dit, la position d’observateur est en pratique le plus souvent assumée de fait par l’un ou l’autre (ou les deux) des acteurs concernés ;
- l’observateur n’est pas forcément un humain, ce peut en effet être un « dispositif » au sens de Deleuze ou, plus généralement, une machine de vision. La décision de la co-relation se trouve ainsi totalement dépendante de ses caractéristiques et de ses réglages ;
- la désignation d’un « émetteur » par l’observateur n’a par ailleurs aucune raison de correspondre à celle d’un autre observateur. De plus, l’impossibilité d’effectuer une désignation précise n’entraîne pas pour autant l’absence du processus d’in-formation : le cas de la rumeur en est un exemple flagrant ;
- enfin, ce qui nous met aux marges de la position constructiviste, sans pourtant l’affecter vraiment : le rôle de l’observateur étant finalement d’attribuer une origine extérieure (même « erronée ») à la variation de l’HT neuronal du récepteur, on peut alors le comprendre comme une sorte de garde-fou à ce qui pourrait sinon apparaître comme une hallucination, purement produite en interne...

- L’in-formation, en tant que phénomène variationnel s’intègre de fait dans le large spectre des phénomènes énergétiques. On voit mal en effet comment faire varier une forme sur n’importe lequel des types d’HT évoqués plus haut sans dépenser un minimum d’énergie. Indépendamment d’épineuses questions sur les rapports énergie/information que l’on ne peut traiter ici, il faut donc tout de suite noter que : avec le point de vue adopté, l’in-formation se présente comme une action à (très(très)) petite énergie, comme l’avançait déjà Moles [MOL 86]. Ce qui autoriserait entre autres à utiliser le terme « informaction ».

- En tenant compte maintenant des discussions précédentes sur les phénomènes d’inscription dans les divers HT, la proposition inverse se présente à son tour. En rappelant que les armes, par exemple, sont des médias, McLuhan [LUH 64] nous met en effet sur la voie : des actions à fort impact énergétique relèvent aussi de la catégorie conceptuelle de l’in-formation. Mais à condition d’y introduire, ici aussi, le jeu des MV. Avec un zoom arrière suffisant, un impact de projectile, des tracés urbains (ou les canaux martiens !) peuvent en effet eux aussi se voir comme des inscriptions porteuses d’un sens, faisant de fait oublier l’importante énergie mise en cause à une échelle plus petite. L’énergie se présente alors de ce point de vue comme une (très(très)) grande information. Ce qu’on peut résumer : I << E, et qui n’a pas échappé à de nombreux auteurs (par exemple : [MOL 77], [LUS 91]).

- Le fait de ne plus séparer conceptuellement information et énergie permet alors de donner une assise théorique aux effets de l’information sur la « matière sociale » (les phénomènes d’opinion, par exemple). Mais il induit aussi la possibilité d’un regard autre sur les « effets d’information » en général, y compris sur la matière. Car, à partir du moment où il n’y a plus le mur conceptuel traditionnel entre le monde et l’« idée », il est possible de concevoir, avec toute la prudence qui s’impose, des phénomènes d’amplification des très petites énergies liées maintenant à l’information, capables théoriquement de déboucher sur des effets « catastrophiques » (à la Thom) sur la matière.

- On remarquera dans cette optique que cette tentative de répondre à la question « qu’est-ce que l’information ? », même si elle débouche sur une image pauvre et discutable, permet de sortir d’une situation tellement habituelle qu’on en oublie de la voir... A-t-on en effet assez pris en considération que lorsqu’on s’intéresse à l’information, la dimension de sa « vérité » (ou de sa « fidélité ») occulte le plus souvent toute autre considération théorique sur sa nature même. En sens inverse, il doit être clair qu’avec cette implication énergétique, on complète alors la logique « vrai/faux ? », traditionnellement adressée aux phénomènes d’information, par une logique générale de consistance et de puissance dans un HT.

- Enfin, il reste à évoquer que le recours systématique au concept d’HT effectué ici ne devrait pas manquer de susciter un certain nombre de questions en retour sur le concept HT lui-même. « Sous-HT », frontières d’un HT, stabilité et variations stratégiques dans un HT deviennent ainsi, par exemple, des questions essentielles dans une vision d’un monde peuplé d’entités HT se faisant varier les unes les autres selon un spectre très large d’échelles d’énergie. Bien d’autres questions ne seront même pas amorcées ici faute de place, si ce n’est la plus fondamentale que voici. Une « théorie de l’in-formation » ne peut pas en effet se satisfaire d’un concept d’HT fini, ni même infini, même si le paradigme de l’agenda pouvait porter une première illustration. Il est alors certain qu’il reste à concevoir un modèle d’HT capable, par exemple, de rendre compte de l’émergence de nouveaux nœuds ou liens, du fait qu’on a joué sur le zoom d’une MV. « Invisibles » auparavant, ils viennent ainsi faire varier de façon peu prédictible le « nombre » des entités de l’HT. Il semble alors que, faute peut-être de pouvoir a priori en exhiber une structure formelle ou manipulable, il soit utile au moins de réserver une place théorique à ce problème sous le terme d’« HT indéfini ».

Par quoi rejoint-on, en sciences humaines, un mouvement qui s’amorce lui aussi en physique, visant à reformuler en termes informationnels les fondements de notre rapport au monde [ZEI 03].


Bibliographie

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[VON 60] VON FOERSTER H. : Note pour une épistémologie des objets vivants (1960) in : L’unité de l‘homme, sous la direction de E. MORIN. t II. Ed du Seuil. 1978. p. 139.
[ZEI 03] ZEILINGER A., On the Interpretation and Philosophical Foundations of Quantum Mechanics. 24/01/03. Anton.Zeilinger.


[1Hypertexte, hypertextualisant, etc., seront systématiquement abrégés en : HT.

[2On abrégera le plus souvent machine de vision en MV.

Messages

  • Bonjour Monsieur

    Votre définition de l’information est la meilleure que j’ai trouvée pour l’instant,
    car elle tient compte
    - du contexte culturel et du "modèle du monde" de l’observateur, la métaphore informatique de l’hypertexte semble bien y convenir
    - de la relativité de son existence par rapport à l’observateur
    - de sa nature morphodynamique : corélation entre 2 changements de configuration

    Je m’intéresse à la mémétique, approche qui tente de prendre comme point d’observation l’information elle-même, considérant que les informations ont tendance à se répliquer pour "survivre". Pour moi, il s’agit de généraliser aux liens, aux corrélations (donc à des entités qui sont paraissent à mes organes des sens beaucoup moins "réelles" que les formes individuées) les mêmes propriétés réplicatives que celles des formes. Le problème du réductionnisme est d’éviter l’examen des liens. Dans une approche systémique, ces liens "existent" autant que les objets...et sont capables de se répliquer, ce qui permet à des systèmes entiers de se répliquer, ce que nous avons parfois du mal à repérer. En thérapie familiale, cet éclairage est très intéressant, par exemple.

    Cordialement

    Didier Seban

    Voir en ligne : Société Française de Mémétique